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Petit pénis au cinéma, en littérature et dans les séries

Texte de Bastien · · 5 min

Salle de cinéma Lichtburg à Essen, fauteuils rouges et rideau de scène
La Lichtburg d'Essen, l'une des plus grandes salles de cinéma d'Allemagne Photo Tuxyso, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Le petit pénis au cinéma, en littérature et dans les séries sert surtout de ressort comique, parfois de ressort dramatique : la peur d’être mesuré, la comparaison, l’objet caché dans le pantalon. Des Nuées d’Aristophane à Seinfeld, les mêmes situations reviennent, et elles disent beaucoup de la manière dont chaque époque regarde la taille.

L’Antiquité : le petit sexe comme idéal

Dans Les Nuées, jouées à Athènes en 423 avant notre ère, Aristophane fait l’éloge de l’éducation ancienne : le jeune homme qui la suit aura la poitrine robuste, le teint clair, les épaules larges et un petit pénis ; celui qui suit les nouveaux maîtres aura l’inverse. La comédie grecque rejoint les statues grecques, où la verge réduite signale la maîtrise de soi, tandis que les satyres et Priape portent des sexes énormes, signe de bestialité ou de grotesque. L’inversion des valeurs entre l’Antiquité et le XXe siècle est l’un des faits les plus commentés par les historiens de l’art.

Littérature : de Sterne à Houellebecq

Tristram Shandy (Laurence Sterne, 1759-1767)

Le narrateur, encore enfant, urine par une fenêtre quand le châssis à guillotine retombe sur sa verge. Le roman tourne pendant des chapitres autour de l’étendue des dégâts, que personne ne nomme franchement. Sterne fait de l’inquiétude pour le sexe masculin un ressort de digression comique, deux siècles avant le cinéma.

Paris est une fête (Ernest Hemingway, publié en 1964)

Le chapitre intitulé « A Matter of Measurements » dans l’édition originale raconte un déjeuner chez Michaud’s, à Paris. Francis Scott Fitzgerald confie à Hemingway que Zelda lui a dit qu’il ne pourrait jamais rendre une femme heureuse, à cause de « ses mensurations ». Hemingway l’emmène aux toilettes, constate qu’il est normal et lui explique qu’il se regarde d’en haut, donc en raccourci. Il lui propose ensuite d’aller comparer au Louvre, devant les statues. Le passage est l’une des premières descriptions littéraires de ce que la psychiatrie appellera plus tard la dysmorphie pénienne.

Les Particules élémentaires (Michel Houellebecq, 1998)

Bruno, l’un des deux demi-frères du roman, vit sa sexualité dans la comparaison et le sentiment d’infériorité physique, sa verge comprise. Houellebecq en fait un personnage de la frustration, dans un roman qui parle de la sexualité comme d’un marché.

Cinéma : la blague du pantalon

Le cinéma traite le sujet presque exclusivement par l’humour, souvent autour de ce que les personnages cachent ou rajoutent.

  • This Is Spinal Tap (Rob Reiner, 1984) : au contrôle de l’aéroport, le bassiste Derek Smalls déclenche le détecteur de métaux. La source du bip est un concombre enveloppé de papier aluminium glissé dans son pantalon pour gonfler l’entrejambe sur scène.
  • Austin Powers (Jay Roach, 1997) : à la sortie de cryogénisation, l’inventaire des affaires d’Austin fait apparaître une pompe à pénis « fabriquée en Suède » ; il jure qu’elle n’est pas à lui, la scène joue sur l’aveu que la pompe suppose.
  • Boogie Nights (Paul Thomas Anderson, 1997) : le contrepoint. Le film sur l’industrie pornographique des années 1970 se clôt sur la révélation, devant un miroir, du sexe hors norme du personnage de Mark Wahlberg, une prothèse fabriquée pour le tournage.

Les trois films partagent un schéma : le sexe n’est jamais vu en entier, il est suggéré par un objet (concombre, pompe, prothèse). Le cinéma grand public montre la taille par ses substituts.

Séries : de la « shrinkage » à la thérapie de couple

Seinfeld, « The Hamptons » (12 mai 1994)

Dans cet épisode de la saison 5, coécrit par Peter Mehlman et Carol Leifer, George Costanza sort d’une piscine froide quand la petite amie de Jerry le surprend nu. Sa défense, « I was in the pool! », et la réplique de Jerry, « You mean shrinkage? », ont fait entrer le mot dans l’anglais courant. L’épisode illustre un phénomène réel : le froid raccourcit la verge au repos de plusieurs centimètres, sans effet sur l’érection. Selon Mehlman, c’est Larry David qui a proposé la scène et le mot.

Sex and the City, saison 2 (juin 1999)

Les deux premiers épisodes de la saison suivent Samantha et James, un homme qu’elle apprécie mais dont le pénis est très petit. Samantha évite d’aborder le sujet, et le couple finit en thérapie de couple sans que le problème réel soit posé. L’intrigue présente la taille comme une affaire d’ajustement entre deux personnes, et met en scène la difficulté à en parler à son partenaire. La même saison contient l’arc inverse, avec un homme trop bien doté.

Hung (HBO, 2009-2011)

La série prend le sujet à rebours : un professeur de lycée de Detroit, joué par Thomas Jane, vend ses services sexuels en misant sur un sexe hors norme. La taille devient un capital économique, et la série observe la clientèle autant que le personnage.

Œuvre Année Support Situation
Les Nuées (Aristophane) 423 av. J.-C. Théâtre Le petit sexe comme vertu
Tristram Shandy (Sterne) 1759-1767 Roman Accident de fenêtre
Paris est une fête (Hemingway) 1964 Récit Fitzgerald mesuré aux toilettes
This Is Spinal Tap 1984 Film Concombre au détecteur
Seinfeld, The Hamptons 1994 Série Shrinkage
Austin Powers 1997 Film Pompe à pénis
Les Particules élémentaires 1998 Roman Sentiment d’infériorité
Sex and the City, saison 2 1999 Série Thérapie de couple

Les ressorts qui reviennent

J’ai relevé quatre mécanismes qui structurent presque toutes ces scènes :

  1. La compensation : l’objet glissé dans le pantalon, la voiture de sport, l’appareil d’agrandissement. Le gag vient de l’écart entre ce qui est montré et ce qui est caché.
  2. Le regard des autres : la scène se joue au vestiaire, à la piscine, aux toilettes. C’est le terrain du syndrome du vestiaire, que Hemingway décrivait déjà.
  3. Les circonstances : froid, eau, nervosité. Seinfeld en a tiré un épisode entier.
  4. Le couple : la taille comme sujet de discussion, d’ajustement ou de rupture, de Zelda Fitzgerald à Samantha Jones.

Exemple de lecture. Dans la scène de Seinfeld, George mesure peut-être 7 ou 8 cm au repos après une eau à 18 °C, quand sa longueur habituelle au repos serait de 10 cm. Le gag repose entièrement sur cet écart de 2 ou 3 cm, réel et temporaire, que le spectateur connaît par expérience. Je reprends ce cas parce qu’il est l’un des rares où la fiction décrit un mécanisme physiologique exact.

Les questions posées

Quel épisode de Seinfeld parle de shrinkage ?

C'est « The Hamptons », dans la saison 5, diffusé aux États-Unis le 12 mai 1994. George est surpris nu à la sortie d'une piscine froide et invoque le rétrécissement dû à l'eau.

Que raconte Hemingway sur Fitzgerald et la taille de son pénis ?

Dans Paris est une fête, Hemingway raconte que Fitzgerald s'inquiétait de sa taille à cause d'une remarque de Zelda. Après vérification, il lui explique qu'il se voit en raccourci d'en haut et lui conseille de comparer avec les statues du Louvre.

Pourquoi les films se moquent-ils des petits pénis ?

Le sujet combine gêne, comparaison et objet caché, trois ingrédients classiques de la comédie. La plupart des scènes jouent sur un substitut (objet dans le pantalon, pompe, prothèse) plutôt que sur le corps lui-même.

Dans quel épisode de Sex and the City Samantha sort avec un homme au petit pénis ?

L'intrigue de Samantha et James occupe les deux premiers épisodes de la saison 2, diffusés en juin 1999. Le couple passe par une thérapie sans aborder franchement le problème.

Pour aller plus loin